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Garder le cap...! (tiens bon la barre)

Publié par princessepepette sur 1 Juin 2013, 21:32pm

Catégories : #mon métier d'instit

 

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de mon travail mais il y a des journées qui ne ressemblent pas aux autres dans une école et celle de vendredi en fait partie.

Il est un peu avant 8h quand j'arrive à l'école et à la vue de ma directrice, je sais déjà que tout ne se déroulera pas comme prévu... Je suis son regard et vois, au sol, plusieurs dalles du plafond nageant dans une mare d'eau.

"Et c'est pire au 1er et au 2nd, c'est une piscine..."

 

Je monte voir les dégâts, j'en aurais chialé si cela avait été ma classe... Dans un coin de la classe, plus de dalle au plafond, les tuyaux apparents, des cahiers mouillés, des meubles trempés...

 

Les élèves des classes inondées sont invités à rester chez eux, les quelques uns restant sont répartis dans les autres classes... Pas dans la mienne, j'ai une équipe éducative ce matin, dans une autre école. Je confie mes élèves, leur explique que j'ai une réunion. Je ne sais pas à quel moment s'est formée dans leur tête l'idée que j'étais partie réparer les fuites d'eau. Super maîtresse plombier... Je reviens de réunion et je vois l'oeil fier de certains d'entre eux, ceux qui se sont passés le mot: la maîtresse, c'est comme Mario Bross...

 

Je m'étonne encore de cette imagination fertile après des années de métier...

 

Lorsque je rentre, certaines maîtresses font classes, d'autres rangent et essaient de sauver les dégâts (l'expression essuyer les plâtres fonctionne assez bien...): nettoyage, essorage, rangement... Une collègue aide a placer des pinces à linge entre les pages des cahiers pour les décoller... A court de pinces à linge, nous finirons avec des kaplas, des légos... Etre instit, c'est savoir s'adapter...

 

L'équipe se retrouve à la pause du midi et je demande innocemment comment s'est passée la matinée, n'ayant pas croisé grand monde depuis ce matin.

 

Ca a crié, beaucoup et fort... Nous qui sommes une équipe calme d'habitude, un peu de stress, de fatigue et chez nous aussi le cocktail peut être explosif... Des engueulades (oui, nous sommes d'accord, le mot "disputes" eut été plus convenable mais tellement moins approprié ) parce que parfois l'humain déborde de s'être trop replié sur sa petite personne...

 

Et c'est ce moment que choisit un technicien pour venir changer l'ordinateur et je crois qu'il a dû lui aussi rentré chez lui et raconter à sa femme (ou à son homme, mariage pour tous... ou à son ordinateur... pensez à faire une recherche google "l'instit qui ne veut pas lâcher l'ordi" ) que sa journée n'a pas été de tout repos... Obligé de faire appel à la directrice pour qu'une instit lui laisse faire son travail. Nous avons donc un nouvel ordinateur!! (youhou! un ordinateur pour une grosse dizaine de personnes! La guerre de territoire est déjà lancée...)

 

Et pendant que j'imagine la scène, nous entendons un énorme bruit, sans doute quelquechose qui tombe... encore des dalles de plafonds? Non, une porte qui a claqué très fort. Encore une engueulade... Je n'ai pas souvenir d'autant d'électricité dans l'air à l'école.Sans doute l'inondation, l'eau c'est conducteur...

 

La pause terminée, je rejoins mes élèves. On remonte, aussi calmement que possible mais je sens qu'eux aussi ne sont pas imperméables à l'ambiance électrique... Je leur lis une histoire, on revoit les consignes des ateliers, les enfants s'installent et.... l'alarme à incendie retentit ! Oui car en plus de l'inondation, l'ascenceur est en panne depuis 2 semaines et les portes coupe-feu ne fonctionnent plus depuis quelques jours dû à un court-circuit au  niveau du transfo (si je ne fais pas carrière comme plombier, je tenterai électricienne...).

 

Branle-bas de combat, les élèves sortent pour évacuer les classes. Personne ne nous a prévenu évidemment. Je vois les élèves de petite section sortir du dortoir en petite-culotte, les yeux encore plein de sommeil et d'incompréhension devant toute cette agitation. Et c'est là que surgissent 2 ASEM courant telles des naïades d'alerte à Malibu (tu vois, au ralenti et en agitant les bras...) "stop!! fausse alerte, restez dans les classes!!"

 

Vas-y toi pour récupérer le calme entre l'alarme qui continue à sonner, des élèves n'étant pas vraiment sûrs que c'est une fausse alerte... Heureusement, il reste la logique des élèves: "De toute façon, maîtresse, même s'il y a du feu, l'inondation l'éteindra...!!"

 

Je n'ai même pas essayé de re-lancer les ateliers, nous avons fait autre chose parce que parfois, il faut savoir attendre des moments plus propices... S'adapter...

 

La journée s'est enfin terminée. Je n'ai pas réussi à quitter l'école tout de suite, besoin d'un sas de décompression, d'un moment de discussion dénué de tension avec une collègue. Et je suis rentrée en me disant que le week-end venait à point nommé. Ca mériterait presque des vacances...

 

Heureusement, il y a toujours des compensations. Je pense que ce sont des récompenses à mon calme olympien de vendredi (égocentrisme de l'instit qui pense que le monde tourne autour d'elle).

 

Le lendemain, au détour du rayon fromage d'un supermarché, j'ai rencontré S. et sa famille. S. est une des élèves qui m'a le plus marquée. Jamais je n'ai vu une môme se battre autant pour progresser, prononcer un mot était une victoire et là, entre la mozzarella et le chavroux, j'apprends qu'elle passe en CP et qu'elle parle. Tu la vois l'instit qui a failli verser sa larme au dessus d'un comté affiné 3 mois??

 

Et lundi soir, journée terminée, ma directrice m'annonce que j'ai une surprise. hou!!!!!!! où???? Et je vois arriver une ancienne élève et sa famille au complet. Ils ont déménagé en Angleterre et ont pris le temps pendant leur 4 jours de vacances à Paris de venir me saluer. Touchant, surtout quand le papa glisse un "je suis aussi ému que E".

 

Regonflée à bloc la maîtresse!!!

 

 

 

 

 

 

 

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