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Entre 4 murs

Publié par princessepepette sur 21 Juillet 2012, 22:10pm

Catégories : #récit

 

Le bailleur de fond m'avait prévenu, il fallait que je parte. Mais où?

Je n'avais nulle part où aller, alors je suis restée.

Et un jour, je suis allée chercher les enfants à l'école. A notre retour, nos affaires étaient sur le pallier et la porte ne s'ouvrait plus. J'ai pris nos affaires, deux grands sacs, avec surtout les vêtements des petits et des casseroles.

Partir. Partir encore. Partir parce qu'on a pas le choix.

Partir sans savoir où on va attérir.

Je suis retournée à l'école. La porte était fermée.

J'ai sonné quand même. La gardienne a passé la tête par la fenêtre et m'a demandé ce que je voulais.

J'ai dit que je ne savais pas. Que je ne savais plus. Que j'avais appelé le SAMU social mais qu'ils n'avaient plus de place et que les petits allaient avoir froid dans la rue cette nuit.

Elle a fermé la fenêtre, a ouvert sa porte. 

"On va appeler la directrice, elle saura mieux que moi."

La directrice a téléphoné a plein de monde. Je n'ai pas tout compris. Le français, c'est encore difficile pour moi, c'est mes petits qui me traduisent. Les trois, là, ils sont nés en France. Mes plus grands sont restés au Cap Vert. Je n'ai plus beaucoup de nouvelles d'eux, les deux grands sont en prison et le troisième ne veut plus me parler. J'aurais dû les amener avec moi mais je n'avais pas assez d'argent pour payer le voyage à tout le monde. Je les ai confiés à ma soeur et je suis partie en pensant pouvoir gagner ma vie ici et les faire venir plus tard. Le plus tard s'est transformé en jamais. On n'accueille pas les gens correctement ici. Ma vie se résume à trouver de la nourriture et des vêtements pour les petits avec le peu d'argent que me laisse mon mari, celui qu'il ne dépense pas dans l'alccol et le jeu. Lui aussi espérait trouver mieux ici, il fait ce qu'il peut, il se débat avec ses démons.

La directrice dit qu'on rappellera plus tard l'assistante sociale, elle a peut-être une place quelque part.

Elle me propose à manger. Pendant qu'elle a le dos tourné, je mets la nouriture dans ma poche. Je ne sais pas où nous serons demain, au moins j'aurai de quoi donner un peu à manger aux petits. 

Et puis on me dit qu'on va nous amener dans un endroit pour dormir. Je monte dans une voiture et je regarde défiler la ville par la fenêtre. Je vois les gens attablés dans des bars, profitant de la vie, les gens qui se promènent main dans la main, insouciants; les gens qui rentrent chez eux... 

On arrive. On est reçu par le veilleur de nuit qui me dit que j'ai de la chance que l'ancien locataire soit mort, que je vais pouvoir faire comme chez moi.

Comme chez moi...

Une pièce, pas plus grande qu'un placard, un lit, une table, des plaques de cuisson. Un radiateur fait office d'étagère et je doute qu'il fonctionne. Les toilettes et les douches se trouvent à 100 mètres de là. 

Comme chez moi...

Pas une fenêtre, j'ouvre la porte pour avoir un peu d'éclairage. La lumière du lampadaire vient tristement lécher le papier peint orange décrêpi. Il ne fait pas trop froid ce soir. Cet hiver, il va falloir choisir entre voir clair et se réchauffer.

Comme chez moi...

Je couche mes deux garçons. Quoi qu'il arrive, il faut qu'ils soient à l'école demain sinon, on me les enlèvera. C'est ce que l'assistante sociale a dit. Je les regarde s'endormir. Je prends ma fille dans mes bras. Demain, elle aura sept mois et la seule berceuse que je peux lui offrir, c'est mon corps secoué de sanglots. 

Bienvenue chez moi.

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